[Partie 1] Pourquoi j’ai arrêté le binge-watching?

Il y a ces tendances qu’on prend plaisir à suivre, depuis des années, bien avant qu’elles deviennent un phénomène de société et qu’elles intéressent les médias. Mais qu’arrive-t-il quand elles perdent peu à peu l’intérêt qu’on leur portait ?

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©Pauline Mallet / Derrière La Caméra

Ici, il ne sera pas question des innombrables questions que soulève le binge-watching. Parait-il qu’il nous empêche de dormir correctement, qu’il nous coupe de la société et qu’on peut même tomber lentement dans la dépression. Il suffit de taper le terme dans la barre de recherche Google et des dizaines d’articles expliqueront la tendance, relayeront des études américaines sur le phénomène qui prend de plus en plus d’ampleur, depuis que la plateforme Netflix a joué un rôle majeur dans cet exercice visant à regarder, sans interruption, plusieurs épisodes d’une même série. Ce n’est donc pas ici que vous verrez des statistiques prenant la jeune population pour des zombies absorbés par leurs écrans de télévision, ordinateur ou même pire, téléphone portable. Il ne s’agira pas là, de dicter ce qui est bien ou non, d’émettre un jugement sur la façon de regarder les séries ou encore de taper sur les doigts, à coup de statistiques scientifiques, de la plateforme américaine qui s’est largement installée dans les foyers. Ici, vous allez surtout avoir l’avis, plus ou moins objectif, d’une adepte de la pratique devenue commune, qui s’est tout simplement questionnée et qui a, finalement, laissé tomber cet exercice pour des raisons multiples. Alors, pourquoi ai-je arrêté de binge-watcher mes séries?

Remontons de quelques années, à l’époque où Netflix n’existait pas (enfin, pas en France) et où le plaisir sérielle se concentrait essentiellement le samedi soir, autour de trois à quatre séries américaines, plutôt de science-fiction. Elles qui nous délectaient d’action, d’enquêtes et de drames personnels. Là, où une tueuse de vampires, deux agents du FBI devant faire face à des phénomènes paranormaux ou encore un étudiant tentant de dompter ses super-pouvoirs pour sauver le monde, parvenaient à nous scotcher devant nos écrans de télévision pendant toute une soirée. Plusieurs heures durant, j’enchaînais les épisodes avec autant de passion que possible, avant d’y mettre tristement un terme, lorsque le programme s’achevait. J’attendais alors, impatiemment, la semaine suivante pour découvrir la suite des aventures de mes héro.ïne.s. Ce fut également le cas, quand l’une de mes séries doudou, commença à être diffusée sur une chaîne publique, le mardi soir. Deux épisodes inédits étaient proposés, pas un de plus. Il fallait alors attendre la semaine d’après pour connaître comment Bree, Gabrielle, Lynette et Susan allaient se sortir de leurs situations délicates. C’est comme-ça que je suis devenue addict aux séries, en me pliant aux programmes télévisés, en faisant preuve de patience parfois une semaine, des mois voir des années (entre les saisons). Bien que c’était pénible, ça permettait d’animer des longs débats, des théories plus folles les unes que les autres et bien sûr, de se faire des marathons où les coffrets dvd faisaient offices d’objets sacrés.

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©Pauline Mallet / Derrière La Caméra

Finalement, les temps n’ont pas beaucoup changés et je suis loin de regretter cette époque. Ce sont surtout les outils et les nouvelles manières de diffuser qui ont changées. Il était désormais possible, pour moi, de regarder mes séries sans la télévision, de découvrir les épisodes en même temps que leur diffusion outre-atlantique, de les regarder en version originale, tout ça, sans devoir attendre des semaines, des mois ou des années. C’était déjà une petite révolution, un petit pouvoir appréciable et surtout, une toute nouvelle manière de s’ouvrir au monde des séries. Celles qui n’étaient pas dans les codes des chaînes télévisées, n’ayant pas le droit d’être diffusées à des heures convenables voir être diffusées tout court, s’offraient à moi. Je consommais déjà, plusieurs épisodes par soir, d’une même ou d’une différente série. Alors imaginez mon état d’esprit quand Netflix a été lancée en France, à la rentrée 2014. Toute une plateforme référençant des centaines de séries, pour un prix largement abordable, dans des versions multiples et dans une haute qualité. Au final, mis à part me donner plus de matières facilement, ça ne changeait pas grand chose pour moi, qui consommait déjà des séries en masse.

Consommer jusqu’à ne plus se souvenir

Si je parle beaucoup de Netflix c’est simplement parce que la plateforme à favoriser cette nouvelle manière de consommer et ce n’est en rien, pour moi, une bonne ou une mauvaise chose. Chacun est libre de consommer comme il.elle le souhaite, d’enchaîner le nombre d’épisodes à son envie et de rester, devant son écran, le nombre de minutes ou d’heures souhaitées. Mais voilà, si j’insiste sur le verbe « consommer » c’est parce que c’est à partir de ce verbe largement utilisé partout et parfois n’importe comment, que j’ai réfléchis à ma propre manière de regarder les séries, de les consommer.

La réflexion a commencé il y a quelques mois, lorsqu’une des séries que je suis attentivement, fut mise en ligne sur la plateforme américaine. Comme à son habitude, Netflix avait mis la totalité de la saison en ligne le même jour, permettant de regarder un, deux voir tous les épisodes (selon notre envie et notre temps). Et, comme à mon habitude, je comptais me nourrir de la cette nouvelle saison d’une traite, prévoyant quelques micro-pauses pour effectuer toutes les tâches humaines indispensables à la survie. Mais après le premier épisode, j’ai dû marquer une première pause, stoppant la machine avant le décompte de 15 secondes qui envoie directement l’épisode suivant. J’étais devant un constat assez inconfortable: j’avais oublié pas mal de détails, de sous-éléments, de la saison précédente (que j’avais avalé en 24H, l’été précédent). Aucune tragédie à comprendre là-dedans, j’étais simplement face à ma propre consommation, comme un lendemain de soirée dont les cadavres de bouteilles vides nous rappelle combien elle fut alcoolisée. Un écart donc mais un écart de trop. J’avais pris conscience, durant plusieurs débats, que certaines des séries que j’avais regardées en une fois, avec peu de pause, sans temps de digestion, ne m’étaient pas restées en mémoire dans leur intégralité. J’ai peut-être des problèmes de mémoire me direz-vous? Peut-être. Mais quand même, j’étais capable de me souvenir d’épisode de séries regardées sur un temps plus long, sans jamais sourciller. Un autre point me ronger également. Certes je prenais plaisir à regarder tout en quelques heures mais je le faisais aussi pour ne pas me faire spoiler (je reviendrais sur cette pratique pénible dans un autre article). Il y avait donc une relation de cause à effet. Ce n’était pas Netflix le problème, c’était ma manière de consommer, sans respirer, sans prendre le temps de prendre du recule sur ce que je voyais. « Regarder » devenait « consommer ». Un verbe qui m’a toujours dérangé, car il a cet espèce de connotation de « trop plein », de « gavage », de « mauvais goût » qui me file la nausée.

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©Pauline Mallet / Derrière La Caméra

Loin de mes (non) problèmes de mémoire, il y avait aussi un autre goût amère, celui de ne plus s’attacher aux personnages avec lesquels j’étais enfermés pendant des heures. Il y a quelques mois j’aurais probablement dit le contraire, que le binge-watching favorise mon attachement, mon dévouement pour une série dans laquelle je me laissais transporter en l’espace de quelques heures, totalement coupée du monde. Mais toutes ces heures me faisaient perdre mon esprit d’analyse, je n’avais plus le temps, je voulais voir pour voir oubliant des détails (plus ou moins importants) poussée par l’envie de savoir. Mais savoir quoi? Pas grand-chose au final.

Encore une fois, mon article (qui part sûrement dans tous les sens) n’est absolument pas contre le binge-watching, contre Netflix ou contre les nouvelles manières de regarder les séries.  J’avais envie d’écrire, pourquoi j’ai arrêté le binge-watching pour prendre le temps de déguster, de digérer et de prendre du recule sur tout ce que je vois.

 

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