[Critique] La Forme de l’eau de Guillermo Del Toro

Le simple fait de mentionner son nom suffit pour évoquer un univers fantastique étendu, magique et magistral. C’est avec son dixième long-métrage que Guillermo Del Toro revient en salle. Et comme si cela ne suffisait pas, il embarque avec lui, déjà, d’innombrable prix dont deux pour le récompenser lui-même. Avant d’attaquer la célèbre cérémonie des Oscars qui aura lieu début mars, pour lequel le film est nommé 13 fois, Guillermo Del Toro s’impose dans les salles obscures. La Forme de l’eau est-il à la hauteur de tous les avis élogieux qu’il suscite?

Modeste employée d’un laboratoire gouvernemental ultra secret, Elisa mène une existence solitaire, d’autant plus isolée qu’elle est muette. Sa vie bascule à jamais lorsqu’elle et sa collègue Zelda découvrent une expérience encore plus secrète que les autres…

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Après son succès mitigé avec Crimson Peak, sorti en 2015, le réalisateur mexicain revient avec un film qui se positionne en véritable ode à l’amour et aux passions. Regroupant toutes les thématiques importantes que l’on prend toujours plaisir à retrouver au sein de l’univers Del Toroesque -ne reprenez pas ce terme immonde-, le réalisateur fascine avec son récit assez classique mais aux couleurs et aux perspectives enivrantes.

« He sees me, for what I am, as I am »

Bien que la structure narrative soit, en effet, des plus classiques et que nous n’avons pas trop de mal à deviner l’enchaînement des événements, là où le récit prend toute sa force c’est dans les thèmes qu’ils abordent et surtout sa sublime réalisation qui nous transporte à chaque plan, chaque couleur et chaque mouvement. Si l’on imagine facilement l’époque dans laquelle se déroule le récit, de par ses décors, ses costumes et ses façons de penser, le long-métrage n’est absolument pas une histoire ancienne -si ce n’est qu’elle dépeint des valeurs universelles et intemporelles- Oui, Guillermo Del Toro, a toujours eu cette capacité à raconter, à travers un récit se déroulant dans une époque plus ou moins ancienne, les maux de la notre. La Forme de l’eau n’échappe pas à cette manie remarquable qui souligne, un peu plus, le talent du réalisateur.

Ici, ce sont les actes des personnages qui font office de lien entre le passé et le présent. Prenons le personnage incarné par Michael Shannon, le colonel Richard Strickland. Il représente cet homme de pouvoir, abusant pleinement de ses privilèges, de sa position pour exercer des pressions sur les membres de son équipe et surtout les femmes qui croisent son chemin. Un homme dont la pourriture va se révéler au fur et à mesure que ses propres doigts soient pourris jusqu’à l’os et qui n’est, évidemment pas, sans rappeler les derniers mouvements féministes visant à révéler les plus immondes actes des hommes bénéficiant d’un pouvoir sociale, visiblement, sans limites. Montrant la monstruosité de l’homme et l’humanité du monstre, le réalisateur du Labyrinthe de Pan dresse une critique de la société.

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Bien que le film se déroule pendant la Guerre Froide et que ses principaux rebondissements soient liés à cette période d’une grande tension, il a cette douce odeur de romantisme, cet amour ambiant profond envers ses personnages qu’il met en valeur et surtout envers lui-même. Car Guillermo Del Toro ne met pas uniquement en scène une histoire d’amour, il parle de son histoire d’amour, celle avec le cinéma. Si Elisa habite juste au-dessus d’un cinéma de quartier, aux lumières et aux sièges rouges réconfortant·e·s ce n’est sans doute pas par hasard. Et si les deux amants se retrouvent dans cette salle qui diffuse un des piliers cinématographique de l’histoire du 7e art ce n’est pas non plus par simple envie esthétique. Guillermo Del Toro puise dans ses plus grandes inspirations. Il n’est pas difficile de trouver des similitudes avec l’univers de Jean-Pierre Jeunet (qui, malheureusement, n’a pas du tout apprécié l’hommage du réalisateur mexicain) ou encore avec les films de Terry Gilliam.

La Forme de l’eau est donc cette bulle de poésie, pas totalement candide, qui illumine et touche les spectateur·rice·s. Guillermo Del Toro prouve, une nouvelle fois, qu’il fait parti de ces grands noms qui ont su laisser leur imagination, leurs influences, traverser et marquer le cinéma. La Forme de l’eau devient un classique instantané, un long-métrage fascinant, que l’on a envie de chouchouter et de partager sans modérations.

La Forme de l’eau au cinéma depuis le 21 février 2018

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