[Critique] Lady Bird de Greta Gerwig

Pour sa première réalisation, Greta Gerwig, tout juste 34 ans, déborde d’énergie et de justesse. Construit comme un teen-movie du début du siècle, Lady Bird aborde, au sein de son récit, la fin de l’adolescence et le passage à l’âge adulte. Frais, virevoltant et chaleureux, le long-métrage, nommé cinq fois aux Oscars, a-t-il plus d’un tour dans son sac ?

Christine « Lady Bird » McPherson se bat désespérément pour ne pas ressembler à sa mère, aimante mais butée et au fort caractère, qui travaille sans relâche en tant qu’infirmière pour garder sa famille à flot après que le père de Lady Bird a perdu son emploi…

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Premiers amours, premières passions, premières déceptions…et l’envie de quitter le nid…Lady Bird met en scène Christine, une jeune américaine originaire de Sacramento, petite ville de Californie, qui rêve de quitter sa petite vie bien trop tranquille. C’est durant sa dernière année de lycée, qu’elle effectue dans un établissement catholique, que Christine, qui aime se surnommer « Lady Bird », va se donner toutes les chances de partir dans une université bien loin de sa Californie Natale. Lady Bird rêve de partir à l’autre bout des Etats-Unis, à New  York. L’autre bout ou plutôt l’opposé, c’est une notion importante et récurrente dans la vie de cette jeune fille de 17 ans, héroïne de la vie quotidienne. En collision permanente avec sa mère, trop exigeante, elle fait tout pour ne pas lui ressembler, enfin en grande partie. Son père, fraîchement au chômage, est d’une rare douceur. Eux tous représentent la famille américaine moyenne, qui tente de joindre les deux bouts: les parents tentent de donner la meilleure éducation à leurs enfants pour leur donner toutes leurs chances tandis que les enfants, plus ou moins adolescents, se cherchent et rêvent d’un ailleurs. C’est dans cet endroit dénué d’extras que les aventures de Christine se déroulent. En marge de tout cet univers dans lequel elle baigne, celui qu’elle rejette complètement et qu’elle finira par regretter.

« C’est l’Amérique aux deux visages: celle de la précarité, de la débrouille et celle de l’aisance et de l’abondance »

Ce que le film met en scène ce sont les émois de l’adolescence. Ces passions qui bouillonnent en nous, qui nous font prendre des bonnes et des mauvaises décisions, Greta Gerwig les montre, sans filtre. Lady Bird connait ses premières envies sexuelles, se masturbe dans son bain et passe chez le libraire pour acheter une revue pornographique. Elle est déçue lors qu’elle a sa première relation sexuelle avec un garçon franchement pas honnête et tente de traîner avec les gens populaires du lycée. Lady Bird est cette adolescente que l’on a toutes et tous été. L’identification est presque systématique. Il n’est pas non plus très compliqué, lorsque l’on vient d’une petite ville isolée, d’avoir envie de partir et de voler de ses propres ailes. Un ailleurs qui peut parfois se révéler décevant dans lequel tous nos rêves et espoirs ne sont pas réalisés.

Greta Gerwig a cette intelligence d’insérer dans son film des contextes essentiels comme le politico-social et familial: le père de famille au chômage, la mère devant faire des heures supplémentaires, qui mène la famille à hypothéquer sa maison pour laisser Lady Bird s’envoler, l’homosexualité difficile à aborder dans un milieu profondément catholique…C’est l’Amérique aux deux visages: celle de la précarité, de la débrouille et celle de l’aisance et de l’abondance. Sans avoir la prétention d’être un film porteur de messages moralisateurs, et, malgré sa fin qui a tendance à contredire les propos mis en avant durant le reste du film, Lady Bird est touchant, brillant et surprenant qui a su aborder des sujets vastes, divers et importants avec une justesse remarquable.

Lady Bird est en salle depuis le 28 février

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